mercredi 6 janvier 2010

* "LE RETOUR AU RÉEL" : CACHE-CACHE PLAGIAT

NOUVELLE VERSION DU BLOG : http://archeologie-copier-coller.com/

(version définitive : 1er février 2010)

Cette étude présente et évalue les moyens mis en œuvre pour rechercher les plagiats dans un résumé de thèse, un texte de moins de trois pages. Les difficultés rencontrées pour repérer les différentes formes de plagiat dans ce texte court, illustrent ici une partie des problèmes liés au plagiat dans les travaux universitaires et l'efficacité réelle, bien que très limitée, des logiciels anti-plagiat. Nous souhaitons aussi montrer que dans les cas de recherche de plagiats, il est important de dépasser la simple conviction, voire l'intime conviction, pour aller vers des preuves irréfutables.

Dans le cas d’un texte issu de plagiats, la recherche de ces plagiats est en quelque sorte un retour à la réalité du texte, d'où l'intitulé : Retour au réel. "Le retour au réel" était aussi l'intitulé du mémoire de DEA qui a permis à cet étudiant de s'inscrire en thèse.

Le texte soumis au logiciel Compilatio.net est le résumé d'une thèse: Genèse et actualisation hypermédiatique de schémas d'architecture à partir d'un hypercube, soutenue par un doctorant coréen à l’Université Paris 8, en juillet 2006 (mention "très bien").

Rédigé par le doctorant, le résumé de thèse doit selon le Guide de présentation d’une thèse à l’usage du candidat au doctorat, diffusé par la Direction de l'enseignement supérieur «être précis, significatif. Il doit permettre à celui qui le lit de voir comment la thèse est construite, comment le sujet est abordé. Dans les domaines Lettres, Sciences humaines et sociales et Sciences (…) Il doit permettre de repérer la thèse à partir du vocabulaire de l'auteur, en complément des mots-clefs. ».

Dans son mémoire de DEA, ce doctorant affichait déjà un goût immodéré pour le plagiat. Il est donc plausible que le résumé de sa thèse ne reflète pas son propre vocabulaire.

On trouvera le texte intégral de ce résumé de thèse à la fin de cet article.

LE SORT DES HURONS

Le logiciel anti-plagiat Compilatio.net auquel ce texte a été soumis a fait apparaître une série de séquences identiques.

Le premier signalement de Compilatio.net n'est pas vraiment pertinent : le logiciel dresse en effet la liste de 17 adresses web qui donnent accès à des documents contenant l'expression "Resume de la these de M." (une expression qui appartient d'ailleurs ici non pas au doctorant mais au service des thèses de l'Université). L'adresse n°1 renvoie à un procès en appel devant la Cour suprême du Canada sur le sort des Hurons. L'adresse n°2, au résumé de la thèse de M. Julien Donnot sur "la latéralisation hémisphérique des émotions dans la latéralisation des attitudes posturales des adultes avec les jeunes enfants". Le reste est à l'avenant...

L'anomalie de ce signalement vient aussi de ce qu'il est basé sur une séquence de 6 mots — nombre de mots inférieur à celui de la séquence type sur laquelle semble travailler le logiciel Compilatio.net.

UN PLAGIAT DE PLAGIAT

D'autres signalements sont plus intéressants. Nous donnons ci-dessous les deux seuls paragraphes (qui se suivent aussi dans le résumé de thèse étudié) dans lesquels Compilatio.net a inscrit en rouge les séquences repérées comme étant identiques à des séquences trouvées sur Internet :

Aujourd'hui, notre environnement est construit selon des réseaux de perceptions qui sont dans une relation d'interdépendance avec les TIC. Celles-ci ne sont plus considérées comme un objet étranger à nous même, mais comme une extension de notre appareil sensoriel, déterminant non seulement la manière de véhiculer l'information, mais également la manière de percevoir et de comprendre notre environnement.

En ce qui concerne la vision, la perspective se situe au niveau de la science, de la culture humaniste et de la pratique artistique, échappant ainsi à un traitement conceptuel univoque. Dans son acceptation technique, le terme moderne de perspective désigne un système particulier de projection, sur un plan bidimensionnel, des objets à trois dimensions et de leurs divers rapports spatiaux, de telle sorte que la vision de l'image représentée corresponde à la vision des objets dans l'espace ce qui en privilégie l'aspect géométrique et mathématique.

Le logiciel nous renvoie pour le bloc de texte en gras rouge à l'adresse web de, selon Compilatio.net, la "Top des sources probables - Parmi 38 sources probables" ou encore la "Source principale". Il s'agit d'un site qui abrite les travaux d'élèves de l'école Saint-Michel de Bruxelles réalisés entre janvier et mars 2001. Cette page, titrée "Dimensions et perspectives", plagie la partie en ligne et en libre accès de l'article "Perspective" de l'Encyclopédie Universalis. La source de l'emprunt est cependant explicitement signalée dans une bibliographie sommaire située en dernière page du site de l'école Saint-Michel (cette seule mention n'absout pas les adolescents d'un emprunt qui reste un plagiat).

À la suite de la mention de cette source belge, "Top des sources probables", Compilatio.net cite de nombreuses autres "sources probables". L'essentiel de ces adresses web sont des variantes qui convergent vers l'article "Perspective", déjà évoqué, de l'Encyclopédie Universalis. L'encyclopédie cite l'auteur : Marisa Dalai-Emiliani.

Il paraîtrait logique de penser que le plagiat commis par le doctorant l'a été depuis la version originale du texte (Universalis) plutôt que de la version "Saint-Michel", celle des adolescents bruxellois. Comparons donc les 3 versions, la version originale de l'encyclopédie et les 2 autres, en tout état de cause 2 plagiats.

Pour faciliter la lecture des résultats de cette comparaison, nous avons inscrit en rouge, les textes identiques repérés par Compilatio.net; en violet, d'autres séquences identiques qui n'ont pas été repérées par le logiciel et enfin en orange les formes paraphrasiques que Compilatio.net ne pouvait, par nature, repérer, mais qui font pourtant aussi partie du plagiat.

Résumé de thèse du doctorant :

En ce qui concerne la vision, la perspective se situe au niveau de la science, de la culture humaniste et de la pratique artistique, échappant ainsi à un traitement conceptuel univoque. Dans son acceptation technique, le terme moderne de perspective désigne un système particulier de projection, sur un plan bidimensionnel, des objets à trois dimensions et de leurs divers rapports spatiaux, de telle sorte que la vision de l'image représentée corresponde à la vision des objets dans l'espace, ce qui en privilégie l'aspect géométrique et mathématique.

Version "Saint-Michel" ("Top des sources probables") :

La perspective se situe au carrefour de la science, de la culture humaniste et de la pratique artistique, échappant ainsi à un traitement conceptuel univoque. Dans son acceptation technique, le terme moderne de perspective désigne un système particulier de projection, sur un plan bidimensionnel, des objets à trois dimensions et de leurs divers rapports spatiaux, de telle sorte que la vision de l'image représentée corresponde à la vision des objets dans l'espace, ceci privilégie l'aspect géométrique et mathématique de la perspective.

Version originale (article de l'Encyclopédie Universalis) :

Par sa situation au carrefour de la science, de la culture humaniste , et de la pratique artistique, la perspective , comme tout autre thème interdisciplinaire, échappe à un traitement conceptuel univoque. Dans son acceptation technique, le terme moderne de perspective désigne un système particulier de projection, sur un plan bidimensionnel, des objets à trois dimensions et de leurs divers rapports spatiaux, de telle sorte que la vision de l'image représentée corresponde à la vision des objets dans l'espace. Mais une telle définition privilégie l'aspect géométrique et mathématique de la géométrie.

En réalité, l'analyse du détail des résultats affichés par Compilatio.net (rubrique Passages des résultats du logiciel), révèle que le bloc de texte pour lequel ce logiciel renvoie à la version "Saint-Michel" est formé de 4 séquences consécutives du résumé de thèse.

a : "de la pratique artistique, échappant ainsi à un traitement conceptuel" (60 signes hors espaces, 59 signes sans compter la ponctuation, 10 mots)

b : "Dans son acceptation technique, le terme moderne de perspective désigne" (62/61/10)

c : "un système particulier de projection, sur un plan bidimensionnel, des" (68/66/10)

d : "objets à trois dimensions et de leurs divers rapports spatiaux," (62/61/10)

Ces séquences (leur point commun est de contenir 10 mots) sont analysées dans un premier temps indépendamment l'une de l'autre par Compilatio.net. Pour chaque séquence, Compilatio.net donne la liste des adresses des sites sur lesquels on les retrouve à l'identique. Dans un second temps, dans le cas d'une série de séquences consécutives repérées sur Internet, Compilatio cite, pour le texte formé de ces séquences l'adresse URL ou les adresses communes à l'ensemble des séquences. C'est l'URL de la "Top des sources probables" ou "source principale".

Comme l'affichent les résultats de Compilatio.net, on retrouve à l'identique les séquences "b", "c" et "d" aussi bien dans la version Saint-Michel que dans la version originale Universalis. Par contre, on peut effectivement vérifier en accord avec les résultats de Compilatio.net que la séquence "a" reprend une séquence identique de la version Saint-Michel, alors que cette séquence n'existe pas, en l'état, dans la version originale de l'article "Perspective" de l'Universalis. Ceci est bien, comme l'avance le logiciel, sinon une preuve absolue, du moins un indice très sérieux que le plagiat du doctorant s'est fait à partir de la version, elle-même plagiée sur l'Encyclopédie Universalis, de l'école Saint-Michel.

SUR LA PISTE DES PARAPHRASES

Dans le premier des 2 paragraphes où Compilatio.net avait repéré des séquences identiques, seule la séquence suivante, apparaissait : la manière de percevoir et de comprendre notre environnement. Dans ses résultats, Compilatio.net associait 7 URL qui convergeaient vers deux occurences de cette séquence.

Comparons à présent les 3 paragraphes associés aux 3 occurences de cette séquence, celle du résumé de thèse et les deux autres occurences des textes auxquels Compilatio nous a conduit :

Résumé de la thèse :

Aujourd'hui, notre environnement est construit selon des réseaux de perceptions qui sont dans une relation d'interdépendance avec les TIC. Celles-ci ne sont plus considérées comme un objet étranger à nous même, mais comme une extension de notre appareil sensoriel, déterminant non seulement la manière de véhiculer l'information, mais également la manière de percevoir et de comprendre notre environnement.

L'occurence associée à l'URL www.electronicshadow.com/biographies/liquid/hprtxtu.htm renvoie à ce texte où nous avons inscrit la séquence repérée identique en rouge.

"The medium is the message" [Marshall McLuhan 1969]

Mc Luhan, à travers ses écrits, propose une approche fondée sur les innovations technologiques comme base du processus de civilisation. La technologie n’est pas considérée comme un objet étranger à nous même, mais comme une extension faisant intégralement partie de notre appareil sensitif et déterminant non seulement les modes de communication mais aussi la manière de percevoir et de comprendre notre environnement.

L'URL http://tim.irisa.fr/veille/creatic/doc/ActesVersioFinale.pdf renvoie à une communication lors d'un séminaire, en octobre 2004, de Mr Ka (res publica) et Mr Leclercq (École du Louvre), intitulée Le théâtre et le numérique. Vers une nouvelle collaboration théâtrale :

MacLuhan, à travers ses écrits, propose une approche fondée sur les innovations technologiques comme base du processus de civilisation. Les différentes technologies de la communication ne sont pas considérées comme des objets qui nous sont étrangers, mais comme des extensions qui font intégralement partie de notre appareil sensitif et déterminent non seulement les modes de communication, mais aussi la manière de percevoir et de comprendre notre environnement.

À première vue, la comparaison de ces trois textes conduit à conclure que le doctorant a plagié à partir du texte d'electronicshadow.com ("comme un objet étranger à nous même", plutôt que "comme des objets qui nous sont étrangers"). N'ayant pas cité, au contraire des auteurs des 2 textes en ligne, le nom de Mac Luhan, véritable auteur du point de vue exposé, le doctorant ne peut échapper à l'accusation patente de plagiat. Cependant, l'étude de ces 3 textes laissent entre-ouvertes des variantes à cette thèse principale. On peut imaginer qu'un des auteurs dont le texte était en ligne a plagié sur l'autre, ou encore que les deux n'ont fait que résumer, ou paraphraser, ou même plagier, un texte en amont du leur, que ce soit un texte de Mac Luhan lui-même ou un texte sur Mac Luhan. Quant à nous, quelque soit la validité de ces différentes hypothèses, le doctorant reste un plagiaire.

Soulignons en guise de conclusion que nous sommes dans un cas de figure où le logiciel Compilatio.net en repérant une phrase identique, qui paraissait pourtant bien anodine, a facilité la découverte d'un plagiat plus ample et qui tient autant de la paraphrase que du copier-coller.


IN PARTICULAR

La découverte des plagiats qui suivent, plus importants que ceux facilités par Compilatio.net, ne doit rien à ce logiciel.
Isolons ce texte et la note [1] qui lui est associée :
Dans la vie actuelle, nous savons que nous habitons à la fois le monde actuel et le monde virtuel. Comme le dit Toyo Ito, « Nous, les hommes contemporains sommes dotés de deux types de corps, le corps réel, relié au monde réel au moyen de fluides circulant en son sein, et le corps virtuel, relié au monde par le biais d’un flux d’électrons. »[1] En réalité, ces deux corps ne sont pas séparés. Ils sont plutôt à la base de ce qui constitue aujourd’hui le type de présence propre à l’être humain.
[1]
. T. Ito, “Tarzans in the Media Forest,” 2G 2 (1997): 121-144, 132 in particular.


Une citation mise entre guillemets et précédée du nom de l'auteur, un renvoi de note pour référencer la citation, cela ressemble-t-il à un plagiat ? Et pourtant...

C'est la mention "
in particular" dans cette note de référencement du texte de T. Ito, cité par le doctorant, qui fait soupçonné le plagiat-traduction. La note entière, placée entre guillemets et lancée sur Google, renvoie effectivement à une occurrence unique, celle d'un texte de l'architecte Antoine Picon "Architecture and the virtual towards a new materrialty
" (
courses.arch.ntua.gr/fsr/130224/SEM1_PICON_PRAXIS.pdf). Dans ce document, nous avons isolé l'extrait suivant :

We are all about to inhabit both the ordinary and the virtual worlds – hence Toyo Ito’s famous statement that architects should indeed design for subjects imparted with two bodies, a real and a virtual one. “We of the modern age are provided with two types of bodies,” writes Ito.“ The real body which is linked with the real world by means of fluids running inside, and the virtual body linked with the world by the flow of electrons.” Actually, these two bodies are not separated, but rather they are part of what constitutes today’s physical presence.

20. T. Ito, “Tarzans in the Media Forest,” 2G 2 (1997): 121-144, 132 in particular.

Comparons le texte français du doctorant et celui, anglais, d'Antoine Picon. On se rend compte que non seulement des éléments du texte cité, celui de T. Ito, sont équivalents, mais que le texte de T. Ito cité par le doctorant est encadré de traduction-plagiats des commentaires d'Antoine Picon liés à la citation que ce dernier a faite, dans le strict respect des normes de citation, de cet auteur.

C'est donc tout le bloc de texte d'Antoine Picon, citation de T. Ito comprise (2), qui doit être considéré comme plagiat. Le copier-coller par le doctorant de la note de référencement rédigée par A. Picon, sans même la traduire, ne fait que pointer vers un indice et confirmer le plagiat.

Soulignons aussi que le texte de la note, qui avait échappé à Compilatio.net, n'a pas échappé à Google.

PLAGIER ET ÉCHAPPER AUX LOGICIELS ANTI-PLAGIAT

Ni signalement par Compilatio.net, ni indice "in particular", si ce n'est quelques ruptures de niveau de langue, ne m'ont aidé à résoudre les flagrants exemples de plagiat qui suivent. Google, seul, a été mis à contribution. Ces deux plagiats ont été empruntés par le doctorant au texte Le virtuel, vertus et vertiges de Philippe Quéau, publié en 1989 aux éditions Champ-Vallon / INA, et mis en ligne sur son blog par ce spécialiste de l'Internet.

Nous avons fait figurer en rouge les séquences identiques entre les plagiats et les deux extraits plagiés du texte de P. Quéau. Dans le texte de ce dernier des barres obliques noires signalent des ruptures imposées par le texte plagiat.

Texte du résumé de thèse :

On touche là au paradoxe des mondes virtuels, à leur caractère essentiellement hybride : ils sont, à la fois, concrètement fondés sur le modèle des espaces réels, mais également structurés selon la nature abstraite des contenus informatiques : ce qui explique la parution de conflits de plus en plus difficiles à réduire entre divers niveaux de réalité et de virtualité superposées. Les réalités artificielles ne sont cependant pas condamnées à demeurer des illusions, des fantasmes inopérants, car elles peuvent, tout au contraire, nous préparer à mieux saisir le réel. Et cette réalité potentielle du virtuel peut aussi, en retour, nous amener à réfléchir sur l’essence de la réalité tangible..

Extraits des textes en ligne de Philippe Quéau :

On touche là le paradoxe des mondes virtuels, leur caractère essentiellement hybride, / à la fois concrètement formés sur le modèle des espaces réels, mais également structurés selon la nature abstraite des contenus informationnels. D’où des conflits de plus en plus difficile à arbitrer entre les divers niveaux de réalité et de virtualité superposés. (...)

Les réalités artificielles ne sont
/ pas condamnées à
rester des illusions, des phantasmes inopérants. / Elles peuvent / nous préparer à mieux saisir le réel. / Cette réalité potentielle du virtuel peut, / en retour, nous amener à réfléchir sur l’essence de la réalité "réelle".


On constate que le texte source, celui de P. Quéau, a été assez peu modifié par le doctorant, au point même qu'il est difficile de parler à son sujet de paraphrase. Il serait plus pertinent de qualifier ce texte de copier-coller "retouché". Ce sont cependant ces modestes retouches qui ont probablement mis ce plagiat à l'abri des repérages de Compilatio.net.

Si nous retenons l'hypothèse (voir note 2), raisonnable, que la séquence type travaillée par le logiciel est une séquence de 10 mots (cf. l'exemple "
Universalis"), on peut remarquer en comparant le texte du résumé de thèse au texte original de Philippe Quéau, qu'on ne repère que 2 suites identiques constituées d'au moins 10 mots. Nous les donnons ici, avec leurs bornes respectives, en amont et en aval :
- ... formés sur le modèle des espaces réels, mais également structurés selon la nature abstraite des contenus informationnels ... (15 mots).
- ...
/ en retour, nous amener à réfléchir sur l’essence de la réalité "réelle"
(11 mots).

Il suffit donc que la césure entre deux séquences consécutives analysées par
Compilatio.net ne fasse apparaître aucune séquence identique d'au moins dix mots pour que le logiciel demeure aveugle à ces plagiats (dans l'hypothèse d'une unité de séquence de Compilatio.net de 10 mots, des séquences jusqu'à 18 mots peuvent échapper à son attention).

La première analyse de ce résumé de thèse par Compilatio.net a été faite le 30 janvier 2009. Google m'avait conduit, à cette date, à un texte strictement identique repéré à cette adresse : http://queau.eu/2006/11/23/chapitre-4-especes-despaces/. Aujourd'hui, 8 janvier 2010, cette adresse web aboutit nulle part ("Not Found"). Par contre, ce même texte s'affiche à l'adresse suivante, du même blog de Philippe Quéau mais sur une page différente : http://queau.eu/?cat=17.

Dans le blog actuellement en ligne de Philippe Quéau, il est précisé que ce chapitre "Espèces d'espaces" d'où ont été tirés les textes plagiés a été mis en ligne le jeudi 23 novembre 2006. La thèse en question a été soutenue en juillet 2006, antérieurement donc à la mise en ligne de ce texte. Le doctorant aurait-il donc fait l'effort de plagier ce texte depuis sa version papier ? En fait, il s'avère que, comme me l'a précisé Philippe Quéau, les textes de cet ouvrage étaient déjà en ligne sur le site de l'INA.

Remarquons, que Compilatio.net n'a facilité la découverte que d'un tiers environ des plagiats repérés et présentés ci-dessus.
Comme on peut le remarquer dans le texte intégral de ce résumé de thèse (voir ci-dessous), tous les plagiats découverts sont regroupés dans la première partie de ce texte. Une répartition aussi marquée des plagiats est peu probable. Il est donc plausible que la seconde moitié de ce texte cache d'autres plagiats, sous forme de paraphrases ou de traductions, plus difficilement décelables que les grossiers copier-coller.

Les plagiats déjà repérés dans ce résumé justifieraient à eux seuls que l'on prête une attention soutenue à la thèse de ce doctorant coréen. L'explication, souvent avancée, selon laquelle les cultures asiatiques entretiennent un rapport particulier à la notion "d'auteur" paraît un peu courte pour expliquer la nature de ce résumé de thèse. De plus, cet argument ne saurait aucunement justifier la délivrance d'un diplôme "occidental" associé à une thèse comportant une proportion importante de plagiats.

Notes :


Note 1. Dans son étude publiée en mai 2008, Didier Duguest parle à propos des analyses de Compilatio.net de "suites de 7 mots". Mais le modus operandi a depuis été modifié, et il semble que l'on soit passé à une unité de suite de 10 mots (DUGUEST, Didier (2008)."Étude comparative des logiciels anti plagiat". Article mis en ligne sur le site du Professeur Michelle Bergadaà à l'adresse www.responsable.unige.ch/documents/EtudeComparativeLogiciels.pdf).

Note 2. Même le simple emprunt systématique des citations peut être plagiat. Dans son ouvrage Plagiats, les coulisses de l'écriture (page 102), Hélène Maurel-Indart présente le cas d'un plagiat reproché à l'écrivain Henri Troyat. Elle cite des extraits des attendus du jugement en appel qui fondent sa condamnation. Il s'avère que les juges retiennent à la charge d'Henry Troyat qu'il cite souvent les mêmes citations des lettres de Juliette Drouet présentées par les 2 co-auteurs plaignants (plagiés) et "fait les mêmes choix de coupures" (2007. Paris, Éditions de la Différence, 282 p.).


LE DOCUMENT

Ci-dessous, dans ce texte intégral du résumé de thèse étudié, les plagiats repérés sont présentés avec le code couleur suivant : en rouge, les textes identiques (copier-coller); en violet, les textes plus ou moins modifiés et en vert, les traductions-plagiats

Résumé de la thèse de M. SANG HA SUH

GENESE ET ACTUALISATION HYPERMEDIATIQUE

DE SCHEMAS D’ARCHITECTURE

A PARTIR D’UN HYPERCUBE

Depuis la fin du vingtième siècle, les progrès spectaculaires des Technologies de l’Information et de la Communication (T.I.C.) créent une différence notoire entre la vie quotidienne des acteurs de la société actuelle et celle de leurs prédécesseurs nés cinquante ans auparavant.

Facilitant la vie physique, concevant l’existence comme un organisme dynamique, les TIC ouvrent de nouvelles perspectives à la perception.

Aujourd’hui notre environnement est construit selon des réseaux de perceptions qui sont dans une relation d’interdépendance avec les TIC. Celles-ci ne sont plus considérées comme un objet étranger à nous même, mais comme une extension de notre appareil sensoriel, déterminant non seulement la manière de véhiculer l'information, mais également la manière de percevoir et de comprendre notre environnement.(1)

En ce qui concerne la vision, la perspective se situe au niveau de la science, de la culture humaniste et de la pratique artistique, échappant ainsi à un traitement conceptuel univoque. Dans son acceptation technique, le terme moderne de perspective désigne un système particulier de projection, sur un plan bidimensionnel, des objets à trois dimensions et de leurs divers rapports spatiaux, de telle sorte que la vision de l’image représentée corresponde à la vision des objets dans l’espace, ce qui en privilégie l’aspect géométrique et mathématique. (2); (voir aussi 2 bis)

Il s’agit aujourd’hui de concevoir d’une autre manière la perspective de l’environnement. La perspective ne revient plus, en effet, à représenter l’espace à trois dimensions, c’est-à-dire les objets, l’espace ou l’environnement. Il s’agit de représenter un collectif communicant de manière horizontale par la juxtaposition de surfaces en mouvement temporel.

Dans la vie actuelle, nous savons que nous habitons à la fois le monde actuel et le monde virtuel. Comme le dit Toyo Ito, « Nous, les hommes contemporains sommes dotés de deux types de corps, le corps réel, relié au monde réel au moyen de fluides circulant en son sein, et le corps virtuel, relié au monde par le biais d’un flux d’électrons." (1) En réalité, ces deux corps ne sont pas séparés. Ils sont plutôt à la base de ce qui constitue aujourd’hui le type de présence propre à l’être humain. (3)

En ce qui concerne les deux états différents, l’actuel et le virtuel, beaucoup d’architectes, quand ils proposent leurs travaux - surtout lorsqu’il s’agit de projets prospectifs - les interprètent selon la définition de Gilles DELEUZE.

On touche là au paradoxe des mondes virtuels, à leur caractère essentiellement hybride : ils sont, à la fois, concrètement fondés sur le modèle des espaces réels, mais également structurés selon la nature abstraite des contenus informatiques : ce qui explique la parution de conflits de plus en plus difficiles à réduire entre divers niveaux de réalité et de virtualité superposées. (4). Les réalités artificielles ne sont cependant pas condamnées à demeurer des illusions, des fantasmes inopérants, car elles peuvent, tout au contraire, nous préparer à mieux saisir le réel. Et cette réalité potentielle du virtuel peut aussi, en retour, nous amener à réfléchir sur l’essence de la réalité tangible. (5)

Les TIC constituent sans doute une extension de l’esprit, mais elles transforment également notre perception des objets, en étendant le monde des sensations. Nos schèmes moteurs vont se trouver affectés, à leur tour, par les nouvelles interfaces que l’on développe aujourd’hui.

L’espace architectural est l'actuel invisible, et l'architecture est construite grâce à l’organisation de l'information. L’espace instrumental se trouve suspendu entre le silence et le virtuel.

Une dématérialisation électronique de nos corps étendus et flous, est inscrite sur l’horizon de l'événement.

Le processus de l’hypercube correspond, tout d’abord, à une multiplicité de juxtapositions, en une sorte de connexion parallèle avec une machine et entre machines.

L’extension d’un hypercube est un processus auto-semblable, qui présente essentiellement la même structure à toutes les échelles, propriété qui lui permet de mesurer l’irrégularité d’un ensemble.

L'environnement est la version décomposée et recomposée de la nature. La ville ne se reproduit pas dans la continuité, mais dans l'actualisation d'une multi-dimension, que constitue l'hyper-environnement. Le processus de l'hypercube est considéré comme le moteur de l’actualisation qui réalise l'extension de parcours et la juxtaposition des dimensions. Les systèmes d'interdépendance traitent les collectivités urbaines comme des processus d'hypercubes fonctionnels. Et les configurations spatiales des canaux de communication et de transport, des bâtiments et des activités, traitent leurs corrélats processuels comme des phénomènes de forme structurelle hypercubique.

La ville actuelle ne se construit plus dans la continuité, mais dans une conception utopique qui se réalise plus particulièrement au sein des réseaux de « virtualité incarnée » (Centre Xerox), la forme probablement la plus évoluée de l’hypermédiatisation. L’omniprésence des T.I.C. se fait particulièrement discrète dans l’« espace servi » ; l’« espace servant » est dissimulé ou plutôt camouflé dans l’environnement matériel familier. Satisfaite, sa puissance ne s’affiche plus !

 ce stade, donc, les réseaux virtuels deviennent l’environnement actuel, lequel gère des réseaux ouverts. Ceux-ci s’ouvrent sur d’autres réseaux en interdépendance. L’environnement nouveau - intégrant l’architecture et l’urbanisme - ne fait plus qu’un avec ces réseaux, où bilocation et ubiquité, téléprésence, tiennent de la sophistication audio-visuo-kinésthésique, parfaitement simulée.

(1) Toyo Ito, Tarzans in the Media Forest, in 2G, n°2, 1997, pp. 121-144, p. 132 in particular.



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